Cérémonie de mariage à Tal

Publié le par yvan

043.jpgTibetan Hotel, Tal


A la sortie de la bourgade de Tal, tout au long de laquelle s'égrènent bon nombre de lodges, je franchis un petit pont de bois sur un affluent de la Marsyandi. Arrivé là, je décide de faire étape. Au matin, je ne prévois que rarement l'endroit où je vais m'arrêter pour la nuit, non plus par conséquent la longueur de mes journées de marche. Je plains parfois les trekkers accompagnés de guides et porteurs qui sont dépendants d'un plan de route rigoureux, fixant par avance les villages-étapes, et même les hôtels, puisqu'il existe des petits arrangements entre guides et gérants de lodges, genre "je t'amène des touristes et tu me fais une petite réduc' !".

Le Tibetan Hotel est l'une des dernières maisons. elle m'apparaît tout à fait accueillante avec son vaste jardin où se tiennent quelques tables et chaises en plastique blanc. Par contre, nul besoin de parasol, le soleil ne se montre guère. J'échange trois mots avec l'aubergiste, je suis pour ce soir son premier client. Il est vrai que la plupart des trekkers vont au plus près et s'arrêtent à l'un des lodges de "Tal centre". Mon hôte me demande si j'ai quelques amis en arrière auxquels je pourrais recommander son établissement. Mais qui vois-je, opportunément, passer à leur tour le petit pont ? Mes compagnons de route flamands, en quête eux aussi d'un gîte pour la nuit. Et me voilà m'en revenir à l'hôtel avec des clients, sympathiques de surcroît !

Tout en buvant un thé, je reprends la conversation avec mon hôte, un Tibétain d'une quarantaine d'années ayant la nationalité népalaise. Il me raconte que son grand-père a fui le Tibet dans les années 50, lors de son invasion par la Chine. La famille s'est réfugiée au Népal, comme d'autres que je rencontrerai sur ce trek, la plupart des exilés s'étant installés dans les hautes vallées himalayennes où vivaient déjà des populations d'affinité tibétaine.

042-Tal-new-gompa.jpg"New Gompa" de Tal

A Tal et dans les hameaux avoisinants, vivent des Gurung, des Tibétains et des Manangi - Manang est à quelques jours de marche vers le nord -. Tous bouddhistes. Un peu à l'écart du village se dresse une petite gompa (temple bouddhiste), récemment construite, aux curieux encadrements rose pastel. C'est la première de style tibétain que j'aperçois depuis mon départ. Elles se feront de plus en plus nombreuses par la suite... Je ne pose pas la question mais imagine que ce sont tous les gens du coin qui l'ont érigée, en mettant en commun leurs forces et leurs savoirs.
Pour l'heure les seules âmes vivantes à ses abords sont des chevaux. Mon interlocuteur me confirme l'absence de lama permanent à la gompa, mais m'informe qu'il en est venu récemment pour officier aux funérailles d'un habitant. Chez les Gurung, le traitement du corps après la mort, c'est, bizarrement, soit crémation, soit enterrement. Tout dépend en fait de la position des astres à l'heure du décès. Ce que sait parfaitement déterminer le lama... qui est aussi un peu astrologue.

A la tombée de la nuit, alors que nous sommes en train de dîner, une rumeur qui va s'amplifiant se laisse entendre à l'extérieur. Curieux de cette agitation, nous sortons, pour voir défiler entre les murets qui bornent la piste traversière un cortège désordonné de villageois, qui à pied, qui à cheval. Tout ce beau monde - ils sont une bonne centaine - fait halte dans un vaste champ mitoyen, les yeux braqués vers le personnage en représentation, un jeune marié. Quelques flashes d'appareils photo crépitent dans la nuit pour immortaliser cet instant. Ca rit, ça chante, ça bavarde et ça s'interpelle. Ca respire la gaieté et la bonne humeur.
Les cérémonies de mariage durent trois jours. Demain, me dit-on, deux cortèges iront à la rencontre l'un de l'autre pour se retouver au centre du village, celui de la mariée et celui du marié. Des festivités sont prévues dans le plus grand lodge de Tal.
En cette heure avancée, certains hommes ont, me semble-t-il, leur compte de rakshi, un alcool local faiblement titré, à base de cérales fermentées. Ici, comme un peu partout dans le district de Lamjung, il s'agit de millet (kodo rakshi), plus haut ce sera de l'orge (tchang). Je goûte à l'occasion à ces boissons légèrement pétillantes et aigrelettes, qui se consomment fraîches ou chaudes. Il est arrivé que l'on m'en offre un verre à la fin d'un repas.
J'observe quelques démarches chancelantes au sein de la petite foule, mais tous gardent leur légendaire équilibre. Seule ombre au tableau de cette charmante réunion festive, la chute pathétique d'un ancêtre. Le vieil homme, à la vue basse, trébuche sur une pierre au passage ménagé dans le muret et, en dépit de sa canne, s'étale de tout son long. A l'instant même, tous ceux qui sont autour s'empressent auprès de la victime, témoignant de leur esprit solidaire. Le pépé semble finalement s'en tirer avec une belle bosse et une paire de lunettes brisées - peut-être une lourde dépense.

Le lendemain de cette mémorable soirée, je croise en chemin, venant des villages alentour, des familles "endimanchées" - saris de toute beauté pour les femmes, topi fantaisie (calot traditionnel du Népal) pour les hommes - qui se rendent au mariage. Chose exceptionnelle, impensable : même les lodges et les tea-shops ont mis cadenas sur la porte ! Laissant les trekkers à leur soif !

Publié dans Annapurnas

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Singha 27/05/2007 20:50

Un copain me parle de ton blog, j'y vais et tombe sur la photo de Tal... ou j'etais il y a 15 ans deja... Cool ! Souvenir, souvenir !
prend un bol d'oxygene (il va rapidement se rarfier) et eclate toi bien !