"Where do you come from ?"

Publié le par yvan

045.jpgLe pont de Kharte sur la Marsyandi


Au troisème jour de mon périple, grands changements dans le paysage. La vallée de la Marsyandi, fidèle fil d'Ariane, est toujours là, mais son environnement, avec le gain progressif d'altitude - les montées se font plus sévères -, est à présent véritablement montagnard, comme en témoigne la vaste couverture forestière de pins bleus sur les versants escarpés qui surplombent la rivière. C'est aujourd'hui aussi que je quitte le district de Lamjung pour celui de Manang, majoritairement habité par des populations d'origine tibétaine. Et de nouveau au cours de cette étape, je passe des ponts suspendus, grimpe et dévale des raidillons, croise et double des caravanes de mules, bois des thés et fais des rencontres. Bref, le quotidien d'un trek ordinaire... Ah oui ! Je fais aussi tourner mes premiers moulins à prières - Om Mani Padme Hum ! -, insérés dans les longs murs sacrés qui jalonnent la piste.

Rencontres... Après le rituel et sympathique Namaste !, l'adresse que le trekker entend le plus souvent dans la bouche des Népalais de tous âges et de toutes conditions croisés en chemin est sans conteste l'inusable "Where do you come from ?", introduite au choix par un "Hello, my friend !", un "Good morning, Sir !", ou autres amicales salutations.  Est-ce une simple formule de politesse à l'égard de l'étranger ou bien le Népalais de rencontre tient-il une comptabilité statistique des touristes fondée sur leur nationalité ? Mystère...
A cette interrogation systématique, qui peut en en agacer plus d'un après qu'elle lui est servie pour la énième fois au cours de la journée, j'ai coutume de répondre par une pirouette, en jouant innocemment sur les mots, et renvoie à mon tour une demande feinte de précision : Aaja ? (Aujourd'hui ?). Ce n'est certes pas ce qui désarçonnera mon interlocuteur - hormis peut-être le fait que je la formule dans sa langue -. Imperturbable, il complètera aussitôt sa requête : "Your country ?", éludant ce qui l'intéresse un peu moins, mon itinéraire du jour.
Ceci semble formel mais témoigne en réalité de l'insatiable curiosité des habitants du Népal pour l'étranger qui va par ses chemins, et plus profondément, de son désir de connaître des ailleurs et de s'ouvrir vers les autres. Il est vrai que trekkent sur ces grands itinéraires touristiques des ressortissants de tous les pays, parfois des plus énigmatiques - Where is Moldavia ??? -, mais traités sans distinction avec les mêmes égards. Même si les Népalais s'enquièrent de votre nationalité, ils ne fondent aucune hiérarchie sur cette notion, et s'intéressent avant tout à votre personne sans aucun préjugé d'appartenance.
"Mero desh France ho" (desh, pays, comme dans Bangladesh, pays des Bengali). Français, je suis. Donc, bien souvent, l'évocation de notre personnalité emblématique, connue jusqu'au fin fond du trou du cul du monde, vient sur le tapis - non, ce n'est pas Jacques Chirac ! - : "Oh France !... Do you know Zaïdène ?", accompagnée, comme il se doit, du mime d'un désormais célébrissime "coup de boule" !

Les échanges lors d'une courte rencontre s'en tiennent là. Les langues se délient à l'heure des pauses à la tea-shop ou au lodge et fusent alors les questions. Je ne prends pas la mouche à ces "interrogatoires" - toutefois moins fournis que ceux des Indiens - portant sur mon état-civil, ma famille ou ma profession : "How old are you ?", "Are you maried ?", "How much children ? How old ?", "Why your wife not in Nepal with you ?", "What is your occupation ?", "Do you live in Paris ?".... Je les encourage même parfois en tirant de mon sac quelques photos de mon entourage ou de mon environnement familier qui sont avidement regardées et circulent de main en main. Mais je suis aussi la cible de questionnements plus insolites - mais non insensés - surtout de la part des enfants et des adolescents pour lesquels le monde occidental reste en partie un mystère, tels : "Is a king in France ?", ou bien "What do you eat in France ?", ou encore "How much you pay to fly to Nepal ?"... J'y réponds volontiers, d'autant que de mon côté, la curiosité m'amène à poser des questions qui leur paraissent sans doute aussi saugrenues.

Publié dans Annapurnas

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