Gurung land

Publié le par yvan


213-Lamjung--carte-Annapurnas.jpgLe district de Lamjung sur la carte Schneider de l'Annapurna

Réveillé tôt, parti tôt, j'attaque aujourd'hui l'étape initiale de mon périple. Je ressens une grande excitation que tempère une certaine sérénité. C'est mon état d'esprit habituel lorsque je trekke. Il arrive aussi que j'éprouve quelque inquiétude à l'approche d'un lendemain de difficultés, si s'en mêle en plus une mauvaise météo. Mais pour l'heure ce n'est pas le cas.

Je suis le cours de la Marsyandi Khola, dont je ne quitterai plus les abords jusqu'à Manang. Depuis sa source, la rivière reçoit sur ses deux rives de nombreux affluents issus des glaciers himalayens. Elle roule des eaux grises. Je bénéficie dès mon départ ou presque de belles vues sur le Manaslu, qui avec ses 8156 mètres figure dans le top 10 des plus hauts sommets de la planète. Il est parfois dénommé "la montagne des Japonais" car ces sont des alpinistes de ce pays qui l'ont gravi pour la première fois et en sont devenus les "spécialistes".
La vallée de la Marsyandi est l'axe de pénétration et de circulation du district de Lamjung que je suis amené à traverser durant ces deux premières journées de marche. Ce district, comme quelques autres qui l'avoisinent  - Parbat, Kaski, Syangja, Gorkha... -, est le territoire des Gurung, l'ethnie majoritaire du centre-ouest du Népal. Ces gens sont assurément fort sympathiques, cordiaux et joviaux. Ils vivent essentiellement de l'agriculture et de l'élevage ovin. Des générations de Gurung ont aussi servi dans les célèbres régiments gurkha des armées britanniques et indiennes et dans la Nepal Royal Army, notamment dans le contingent des casques bleus. Ces soldats, réputés excellents et courageux combattants, étaient déjà sur les fronts européens durant la Première guerre mondiale, puis sur les fronts asiatiques, européens et africains lors de la Seconde - quelle connerie, la guerre ! Les pensions et soldes que reçoivent les anciens militaires et les militaires d'active contribuent  grandement aux revenus de certaines familles.

Les activités traditionnelles des Gurung se lisent dans le paysage. Les versants des collines sont aménagés en terrasses pour accueillir les cultures.  Leurs villages sont établis sur les hauteurs. A cette époque précoce, les parcelles commencent à peine à être ensemencées, la plupart en étant encore au stade de l'amendement à la fumure de gros et petit bétail. Traditionnellement, les Gurung cultivent des céréales, riz, blé, maïs, millet selon les altitudes et les expositions, ainsi que des pommes de terre. Ils ont aussi des potagers où poussent choux, épinards, oignons et aulx.
La structure sociale de cette ethnie, divisée en vingts clans, est d'essence égalitaire et un système d'entraide solidaire préside à ses activités agricoles.


034-Chickens--porter.jpgLivreur de poulets sur la piste de Lamjung


Hélas ! Je n'assisterai pas à la montée aux alpages des moutons qui s'effectue en avril depuis les basses vallées. Durant leur transhumance, les éleveurs ne paient pas de taxes sur les pâtures qu'ils parcourent, car, échange de bons procédés, les bêtes y laissent leurs précieux fertilisants. Mais je verrai nombre d'animaux d'élevage - à l'exception de porcs objet d'un tabou alimentaire -, buffles, vaches, chèvres, volaille dont chaque famille entretient un petit cheptel. Parmi les porteurs que je dépasse sur ma route, je rencontre à plusieurs reprises des vendeurs ambulants de poulets vivants, encagés sur leur dos, qu'ils livrent dans les villages traversés. Mais les porteurs sont plus rares que dans d'autres régions du Népal, ici se sont des mules qui sont mises à contribution pour coltiner les denrées tout au long de la vallée. Pas question de s'engager sur un pont suspendu lorsqu'en sens inverse le franchit une escouade de ces bêtes de somme chargées d'encombrants sacs de riz ou de maïs !

La région est assez densément peuplée et je ne cesse de croiser des villageois et villageoises qui vaquent à leurs occupations. Ils se tiennent dans les champs ou près de leur maison, souvent escortés de leurs enfants. Des écoliers aussi, bizarrement à n'importe quelle heure de la journée, qui se rendent ou reviennent de leur école, sanglés dans de coquets uniformes - cravates pour les garçonnets, rubans dans les cheveux tressés pour les fillettes. Les femmes gurung quant à elles affectionnent visiblement la couleur rouge à voir leur sari aux jolis imprimés et le tissu noué qu'elles portent sur leurs cheveux, autant comme ornement que protection contre le soleil. Elle se parent de colliers de corail et, celles qui sont mariées portent des anneaux d'or à l'oreille et à la narine. Des bracelets de verre tintent à leur bras. Ce sont les femmes qui en règle générale tiennent et gèrent avec grande compétence les lodges, souvent aidées par leurs enfants ou d'autres membres féminins de leur famille.

Mon parcours est pour l'instant peu exigeant en efforts physiques, la piste monte régulièrement ou reste à niveau. A plusieurs reprises je franchis la rivière sur d'aériens pont suspendus métalliques pour cheminer rive doite ou rive gauche, selon la topographie du relief. Il se trouve quand même un petit col à passer où se perche le village de Bahundanda (le terme danda désigne une chaîne de montagne de moyenne altitude), après lequel on descend sur Syange, hameau de modestes habitations édifié sur le banc occidental de la Marsyandi, où je passerai ma première nuit.

Tout au long de ces journées, je remarque rive droite des tronçons de piste carrossable en construction qui, un jour peut-être pas si lointain, irriguera la vallée encore plus en amont, avec un effet je l'espère bénéfique pour les populations. Les touristes paresseux quant à eux pourront toujours faire l'économie de quelques étapes à pied.
040-Tea-shop----la-foug--re.jpgUn "parasol fougère" original à la tea-shop

Publié dans Annapurnas

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corinne 26/06/2007 10:24

Bcp de plaisir à te lire... et c'est toujours une bonne idée d'inserrer des cartes geo!!!
Bonne continuation.
CR