Voyage en bus

Publié le par yvan

032-Minibus-to-Besisahar.jpgPetite panne matinale sur la route de Besisahar

 

Des trajets en bus, j'en ai fait un certain nombre au Népal. Ils sont inévitables si l'on souhaite rejoindre un départ de trek - hormis celui de Helambu, Sundarijal, que l'on atteint en taxi pour un prix raisonnable. A moins d'être assez nanti pour se payer l'avion, car il existe quelques liaisons aériennes, notamment avec Lukla, dans la région de l'Everest, et Pokhara, Hongde et Jomosom, dans celle des Annapurnas. Les vols sont aléatoires car ils dépendent des conditions météo. Je me refuse à cette approche et ne peux me la permettre financièrement. Quant au chemin de fer : inconnu au Népal ! Donc, c'est bus. Un moyen de transport que je ne déteste pas. J'ai par le passé effectué de très longs trajets en autocar, y compris de nuit, notamment pour rejoindre l'Inde (Darjeeling) ou en revenir (Patna).

Ma destination, Besisahar, est distante de cent-soixante-quinze kilomètres et si tout va bien le trajet prend six heures. La moyenne horaire n'est pas bien élevée, mais tout à fait honnête par rapport à l'état de la route, à la circulation et aux arrêts prévus... et imprévus.
A bord du minibus, nous sommes sept touristes parmi une quinzaine de Népalais. Je suis le seul solitaire. Deux étudiants coréens et deux Français, père et fils, voyagent avec guide et porteur. Le couple néerlando-belge est autonome.
 
Le premier défi est de sortir de l'agglomération. C'est en effet l'heure de pointe sur Ring Road, le périphérique qui encerle Kathmandu. J'adopte une tout autre attitude que celle que l'on peut avoir en Europe face aux embarras de la circulation. Bref, je reste zen. "Perdre" une heure ou deux ne porte aucun sens dans ce pays où l'on marche et où la notion de temps est des plus relative. Sur le bitume, par endroits écaillé, roulent, tanguent, zigzaguent, se croisent, se dépassent, se traînent :  camions, taxis, bus, mini et gros, fourgonnettes, 4x4, motos, scooters, vélos, chars à boeufs, charrettes à bras, motoculteurs, tracteurs, piétons, bovins, caprins, meutes de chiens, volailles, et j'en passe... Les vaches - sacrées comme il se doit - qui ruminent au milieu de la chaussée sont autant d'obstacles supplémentaires à délicatement négocier. Mais tout ce beau monde s'insère tant bien que mal dans le flux jamais tari et y trouve sa place. On roule - en principe - à gauche.
Cette traversée matinale de la ville s'apparente pour moi à un City sightseeing tour qui aurait pour thème la vie quotidienne dans la capitale du Népal.
Après avoir contourné par le nord-ouest la colline où se dresse dans les brumes le stupa de Swayambunath bardé de drapeaux à prières multicolores, nous quittons bientôt le boulevard circulaire pour nous engager sur Tribhuwan Highway, l'une des principales routes du Royaume - hum, Royaume pour combien de temps encore ?

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Echoppe de fringues près de la gare routière (New Central Bus Station)

Tiens, un arrêt ! Pourtant, nul passager à embarquer, nulle marchandise non plus - oui, le car fait un peu de transport de fret -, point de check-post, pas encore la pause breakfast. Qu'en est-il alors... sinon la panne ? Tous les voyageurs en profitent pour se dérouiller les jambes, tandis que le chauffeur et ses deux aides se mettent à la tâche observés par une poignée de curieux. Mais ce n'est pas bien grave, juste la pédale d'embrayage à resserrer de quelques tours de clé.

Et c'est, pour la énième fois en ce qui me concerne, la raide montée sur Thankot, bête noire des véhicules lourds. Check-post au milieu de la bourgade-bazar qui se tient sur le col avant d'attaquer la descente. Le col de Thankot est l'un des points d'accès stratégiques à la Vallée de Kathmandu. Aussi est-il particulièrement surveillé en ces temps - qui s'éloignent - de troubles larvés. Les militaires et les policiers, en tant que représentants d'un pouvoir autocrate et inégalitaire, ont longtemps été des cibles pour les maoïstes. En dépit d'un apaisement des tensions, il en reste quelque chose. J'ai a vague impression qu'une forme de paranoïa a gagné ces deux corps, lorsque j'observe ces "fortifications" édifiées devant leurs casernes et leurs postes : des abris retranchés faits de sacs de sable empilés en quinconce où se tiennent des hommes bien armés. Tout au long de l'enceinte, barbelés et chevaux-de-frise complètent le dispositif de protection. A l'intérieur du fortin, parfois une guérite surélevée d'où guette une sentinelle. Certainement très dissuasif, mais contre qui à présent ? Je n'en sait rien à vrai dire, peut-être cela reste-t-il justifié.
Il est stictement prohibé de photographier postes de polices, casernes et terrains militaires, sous peine de... je l'ignore.

Tout cela pour dire qu'à Thankot il se trouve un important check-post, où sont contrôlés les véhicules, source de monstrueux et mémorables  embouteillages. Parfois il y a deux files pour tenter d'accélérer le flux. Mais, tout compte fait, il nous faut guère de temps aujourd'hui pour passer la barrière après la présentation des documents du minibus à un représentant de l'ordre. Les camions semblent devoir patienter plus longtemps que les véhicules de passagers, les chauffeurs peuvent en profiter pour refroidir leur moteur martyrisé par l'ascension du col
Mauvais freins égale mort assurée dans la longue descente en épingles qui mène dans la vallée de la Trisuli Khola. La route sinue sur les versants escarpés des collines en épousant toutes les courbes du relief. Je peux voir à très lointaine distance ce long ruban où circulent des fourmis et repère un point caractéristique sur le versant opposé que nous mettrons plus d'une demi-heure à atteindre.

En cours de route, nous avons droit à deux pauses, pour le breakfast puis pour le lunch, en des bazars où s'alignent les gargottes et s'arrêtent la plupart des autocars parcourant cet important itinéraire. A l'un de ces arrêts, je fais plus ample connaissance avec mes compagnons de voyage, notamment les Coréens avec lesquels je discute dans un anglais approximatif - leur accent est difficilement compréhensible - du livre que je viens de finir, Voyage au pays du lac céleste, de Shi–hwa-Ryu, un auteur poète très populaire en Corée, qui relate ses tribulations en Inde motivées par une quête spirituelle. Ils sont très étonnés d’apprendre que cet ouvrage est traduit en français.


Nous suivrons la Trisuli, une rivière tumultueuse appréciée des amateurs de rafting, sur près de cent kilomètres, jusqu'à son confluent avec la Marsyandi Khola. Nous en remonterons la vallée par une route en assez mauvais état, pour finalement atteindre Besisahar, notre terminus, en début d'après-midi.




033-Besisahar.jpgBesisahar, distict de Lamjung

Publié dans Annapurnas

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