Chess connection

Publié le par yvan

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En attendant le client, des commerçants jouent aux échecs

Les Népalais sont d'incorrigibles joueurs. Leurs jeux favoris sont les cartes, ce qui n'est guère original par rapport aux autres pays, les petits chevaux et le karamboard, qu'ils pratiquent en tout lieu. Leur jeu de cartes est une variante de rami à quatre joueurs, le but étant de se défaire le premier de ses cartes en étalant des suites ou d'autres combinaisons. Le terme "petits chevaux" n'est pas très approprié, car il s'agit d'une version épurée du jeu que nous connaissons, ne comportant pas de représentation graphique de l'animal. Mais il se joue suivant les mêmes règles, sur un plateau quadricolore où chacun des quatre joueurs jette un dé et pousse un jeton de couleur d'autant de cases que le chiffre obtenu. Quant au karamboard c'est une sorte de mini-billard où les joueurs s'efforcent de projeter d'une pichenette des palets de différentes couleurs, de manière directe ou par rebond sur la bande, vers les trous munis de filets ménagés aux quatre angles. Les plateaux sont généreusement saupoudrés de talc pour améliorer le glissement. Dans le moindre village on trouve des Pool Houses, en réalité de pauvres édifices faits parfois de quelques planches où pour une poignée de roupies vous pouvez jouer au "billard".

J'ai plaisir à assister à ces parties endiablées de cartes ou de billard où les joueurs se lâchent dans la bonne humeur et même la franche rigolade, alors que les Népalais sont d'ordinaire plutôt discrets et réservés. J'en reste spectateur car je n'ai ni leur habileté, ni leur connaissance des règles, mais il m'arrive aussi de rencontrer par hasard des hommes pratiquant "le roi des jeux, le jeu des rois", je veux parler des échecs, qui, dans une moindre mesure, sont également populaires au Népal chez des gens de toutes conditions. N'oublions pas que le jeu d'échecs est originaire d'Inde, pays voisin et de culture largement similaire, et qu'il dérive du multi-séculaire Chaturanga .

Il n'est donc pas rare, comme ce matin au sortir de mon hôtel, de tomber sur des joueurs installés sur un bout de trottoir en train de "pousser du bois", entourés d'un petit cercle de curieux auxquels naturellement je me joins, étant moi-même un passionné. Et bientôt, je suis invité ou m'invite pour une partie avec le vainqueur. Les Népalais ont un jeu vif et spontané, enchaînant rapidement les coups à la manière d'un "blitz" joué sans pendule, ce qui n'empêche pas leur créativité de s'exprimer. Ils n'ont naturellement ni base de données, ni même de connaissances théoriques poussées et il n'existe aucune structure, cercles ou fédération, organisant l'activité échiquéenne népalaise. Mais ils jouent plutôt bien, souvent de façon déconcertante et imprévisible. Il n'y a rien d'étonnant que jouer aux échecs soit devenu à Kathmandu mon occupation favorite, n'étant adepte ni du shopping, ni des visites culturelles systématiques. Et je peux dire que je m'éclate à enchaîner des parties avec des joueurs de rencontre.

C'est ainsi que dans une rue de Thamel, je fais la connaissance de Chandra. Il m'indique un bar-restaurant, le G'S, qu'il a coutume de fréquenter, notamment pour jouer, et nous nous y retrouvons. Le jeu d'échecs mis à disposition des clients est dans un triste état et il manque de nombreuses pièces, mais no problem - devise du Népal ! - chacun avance un billet de 50 roupies et Chandra se rend dans une proche boutique pour en acquérir un nouveau. Pour ce prix, environ 1.10 €, on peut se procurer à Kathmandu des jeux rudimentaires, échiquier en carton mâché et légère pièces en plastique moulées s'envolant au moindre souffle de vent. Et nous voilà pour un bon moment occupés à réfléchir, combiner, nous lamenter sur un mauvais coup ou apprécier la bonne tactique de l'adversaire. Pas d'enjeux, seulement le plaisir de partager une passion. Langage universel, tout comme la musique, les échecs permettent des échanges directs par la seule magie du ballet des pièces sur les soixante-quatre cases.

Je jouerai beaucoup aux échecs tout au long de ce voyage, dans les lieux les plus improbables comme, par exemple, lors de ma randonnée urbaine dans les faubourgs pauvres de la capitale, entre Bodnath et Pashupatinath, où je m'arrêterai en chemin faire une partie sur le pas d'une échoppe ou bien à Thamel devant le magasin d'un marchand de thangka (peinture tibétaine sur soie) où je serai défait à deux reprises par le champion désigné du quartier. Mais aussi maintes fois lors de mon trek des Annapurnas où je renconterai des partenaires occidentaux ou népalais.

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Rencontre devant un échiquier au G'S Terrace

 

Publié dans Annapurnas

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