Mauvais temps sur Manang

Publié le par yvan

076.jpgManang par beau temps, en arrière-plan, de g. à d., Lamjung Himal, Annapurna II, Annapurna IV


Et non, l'hiver n'est pas terminé ! Selon le calendrier, nous nous acheminons vers le printemps, pourtant les intempéries et le froid n'ont pas dit leur dernier mot...

anti_bug_fckMais revenons à cette journée au soleil resplendissant qui s'achève à Manang. Après Mungi, la piste est large, empruntée par des caravanes de mules, des cavaliers et, bien sûr, des marcheurs, trekkers ou gens du cru. Rien de bien pénible puisque la marche se déroule pour une grande partie en terrain plat, à l'exception de la courte montée finale qui débouche sur le plateau de Manang. Des édifices religieux et des guirlandes de drapeaux à prières marquent l'entrée de la "capitale".
J'emprunte la rue principale en me posant cette question cruciale : où vais-je poser mon sac ce soir ? Les hotels / lodges / guest-houses s'alignent de part et d'autre, tout aussi attrayantes les unes que les autres. Elles sont hautes de plusieurs étages, distribués par un escalier intérieur, signe d'une grande fréquentation durant la haute saison. En cette première quinzaine de mars, la saison touristique n'en est qu'à ses prémisses, mais déjà des groupuscules de trekkers errent par le village. Finalement, j'élis pour gîte l'ultime hôtel, qui s'élève aux abords d'un chorten immaculé à la flèche d'or. Dès le lendemain matin, déçu de ses prestations, je transporterai mes pénates au Yeti Hotel.

C'est un petit choc d'arriver à Manang, j'y retrouve une animation "urbaine"
anti_bug_fck et des signes de modernité depuis longtemps oubliés (cybercafé !). Il n'y a pas foule, certes, mais il semble qu'en cet après-midi bienfaisant et lumineux le tout Manang s'est donné rendez-vous dans la rue, trekkers et locaux vaquant à leurs occupations, ou à leur oisiveté, respectives.
La localité offre aux touristes plusieurs lieux plaisants et conviviaux, à commencer par le Cinema Hall, aux deux séances quotidiennes, qui diffuse des films vidéo appropriés au contexte. Seven years in Tibet et Into thin air sont aujourd'hui au programme. De leur côté, les amateurs de karamboard auront loisir de faire un tour à la Pool House avant de rejoindre leurs amis pour un goûter à la bakery qui lui fait face. Quant aux mal-portants, ils pourront consulter au poste de secours un médecin à demeure. C'est 30 $ la visite, m'a confié un trekker dont le genou nécessitait un strapping, mais en revanche gratuit pour les autochtones - c'est la moindre des choses  pour ces gens peu fortunés !
J'achète chez un boutiquier une minuscule lampe frontale chinoise, la mienne m'ayant lâché depuis peu, et deux teshi kata (écharpes rituelles en satin), l'une destinée à la gompa que je prévois de visiter le lendemain, l'autre au cairn érigé au Thorong La, comme c'est de tradition lorsque l'on passe un col.

0214-Manang-map.jpgLa région de Manang, carte Schneider Annapurna

La journée de "repos" à Manang est une classique du Tour des Annapurnas. Tous ou presque, avec raison, la respecte. Dès lors il est tentant, par les temps froids qui courent, de récupérer des efforts des jours précédents en passant ce jour chômé à s'empiffrer de croissants, apple pies ou autres brownies à la boulangerie du coin, à taper le carton autour d'un poêle en sirotant des boissons chaudes, ou à "se faire une toile" au sus-dit cinéma.
Or, il faut garder à l'esprit que c'est avant tout une journée d'acclimatation, réclamée par nos organismes en proie à l'hypoxémie générée par l'altitude. Donc, à Manang, on se fabrique des globules rouges : un profitable accroissement de notre stock dans la perspective de s'élever encore. Et l'on en produit d'autant plus ce jour-là que l'on se lance dans une randonnée menant à des élévations supérieures, avant de redescendre passer la nuit à Manang. Incontournable, donc, la journée de "repos", si l'on ne souhaite pas se retrouver par la suite au Himalayan Rescue Post tourmenté par quelque oedème.

Il existe une douzaine d'objectifs de randonnées à la journée, répertoriés sur un panneau métallique près du chorten. J'opte pour le site de Paken Gompa, où vit une petite communauté monastique, qui exige deux heures trente d'efforts pour l'atteindre. En route, j'ai l'occasion d'apercevoir de près quelques représentants
anti_bug_fck de l'avifaune himalayenne : deux aigles à l'envergure impressionnante qui tournoient en vol plané au-dessus des pentes, une compagnie de perdrix dont le plumage se confond avec les teintes brun ocre de la terre et des pigeons des neiges qui prennent leur envol sous mes pas dans un bruissant froufroutement d'ailes.
Hélas, ça se gâte à mi-montée : le ciel se couvre, bientôt les nuages m'environnent et de légers flocons commencent à voltiger. J'atteins deux chortens édifiés non loin de la gompa, sur un éperon à trois mille huit cents mètres, où je me décide à rebrousser chemin sous des giboulées de plus en plus cinglantes, ignorant ce que me réservera la suite. Je croise à la descente quelques trekkers masochistes ou téméraires qui s'obstinent malgré tout dans leur pélerinage. La neige tient au sol, il fait 0°.

Six heures déjà que tombe la neige. Replié sur la dining room de Yeti Hotel où un poêle marche en continu, je passe de longs moments à me repaître de ce spectacle, alors qu'à l'extérieur les villageois continuent de s'affairer aux labours ou au déneigeage des toits. Cette ambiance hivernale pour le moins inattendue me plaît, même si je commence à douter des chances de succès à court terme du projet que je partage avec tant d'autres : atteindre puis franchir le Thorong La.

Bien entendu, c'est ce soir-là le principal sujet de conversation des trekkers déconcertés, reclus dans leur gîte.

078-Tengi-under-snow.jpgHameau de Tengi (Manang) après une chute de neige

Publié dans Annapurnas

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