Bataille de boules de neige à Tengi

Publié le par yvan

079-Manang.jpgManang par temps de neige


Mon second matin à Manang débute sous les intempéries. Les chutes de neige n'ont cessé de la nuit, une couche de trente centimètres, au bas mot, recouvre la région.
Chacun se prépare à une nouvelle journée d'attente...

Rester cloîtré ne m'inspire guère, je redoute une oisiveté qui peu à peu érode la volonté et la motivation, sape le moral et engendre une baisse de forme physique. Et puis j'ai envie de voir du pays ! Ce qui m'incite à enfiler trois couches de vêtements protecteurs pour entreprendre une petite balade. Dans la rue traversière du bourg je retrouve un autre candidat à l'action, un Québécois dont j'ai fait la connaissance au Yeti Hotel.
Nous prenons la direction du Thorong La avec pour objectif le hameau de Tengi, distant d'environ un kilomètre. Depuis hier, les toits plats des habitations de Manang se sont chargés de neige fraîche, j'ignore s'ils sont assez résistants pour supporter de telles masses - peut-être deux cent cinquante kilos au mètre carré -, en tout cas ils sont périodiquement déblayés à l'aide de pelles en bois, curieusement taillées d'une seule pièce. La neige est balancée par-dessus bord pour venir s'accumuler dans les ruelles, rendant leur pacours mal aisé et assez fatigant. Cela me rappelle l'hiver dans les villages alpins lorsque la neige glissant des toitures pentues finit par rendre impraticables les étroits passages entre les maisons.
Dès la sortie du bourg, nous trouvons une bonne trace, à l'emplacement naturel du sentier, qu'ont creusée dans la neige de précédents marcheurs. Si en effet l'"activité" des trekkers est momentanément suspendue, celle des locaux se poursuit inexorablement, les amenant à se déplacer. S'approvisionner, aller puiser de l'eau au torrent, ramasser du combustible, sortir les bêtes, sont des occupations vitales qui ne souffrent nulle interruption.


080-Chorten-Tengi.jpgLe chorten à l'entrée de Tengi

Je prends plaisir à entendre crisser la neige sous mes pas durant cette paisible promenade. Dans l'atmosphère silencieuse de la montagne, ne retentit que ce son feutré donnant le tempo de ma progression. Des torrents courent par endroits, pressés de se mêler aux eaux de la Marsyandi, qui rompent l'uniformité blanche des paysages.
Auprès du chorten à l'entrée de Tengi, se dresse un arbre aux dimensions impressionnantes enguirlandé de drapeaux à prières, dont la silhouette sombre et tourmentée se détache sur les champs enneigés. C'est le seul spécimen à des lieues à la ronde, est-ce pour cette raison qu'il me paraît aussi gigantesque ?...
Nous traversons l'aval du hameau pour aller reconnaître l'itinéraire qui mène au col. La trace est moins marquée qu'entre Manang et Tengi car au-delà il n'y a plus grand monde. Mais elle paraît praticable - jusqu'où ? Mystère...

L'idée me vient soudain que demain sera le jour de la reprise du trek. Il a cessé de neiger, une pâle lumière nimbe les nuages et les voiles de brume qui s'accrochaient aux reliefs se dispersent vers les hauteurs. Alors, beau temps en perspective ? Je n'en suis pas certain, mais si l'on doit avancer, ne tardons plus ! Il existe en outre trois solutions de repli avant le Thorong La, ce qui est une donnée rassurante et motivante.
Un lodge se tient en bordure du chemin, nous y pénétrons par une cour intérieure puis grimpons un escalier raide pour atteindre une petite terrasse. Thé... et sourires de la tenancière pour l'accompagner. Elle a visiblement envie de papoter avec les étranges étrangers et nous confie comme un secret que demain en montant vers Yak Kharka nous pourrions bien apercevoir les blue sheep - les bharals, ces fameux moutons sauvages de l'Himalaya à la toison aux reflets bleutés.

Sur le retour, nous tombons dans une embuscade : d'une terrasse en amont du sentier, une volée de garçons facétieux entreprennent de nous bombarder de boules de neige. Nous nous prenons au jeu et ripostons illico à l'attaque qui tourne à la partie de rigolade. C'est bon de retrouver l'âme ludique de l'enfance ! Les jeux de neige sont décidément universels, comme en témoignent aussi les bonhommes de neige édifiés telles des sentinelles bienveillantes tout au long de la grand'rue de Manang.
 

081-Prayers-mills-wall-Tengi.jpgMur de moulins à prières sur le sentier de Tengi

Publié dans Annapurnas

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Nicolas 05/06/2007 18:59

Toujours aussi passionnant yves, mais c'est à partir de maintenant que cela va m'intéresser au plus haut point...