Une si lente progression...

Publié le par yvan

091.jpgEn route pour Thorong Phedi, Annapurna III et Gangapurna à l'arrière-plan


Imaginez notre joie et notre entrain quand ce matin nous nous éveillons sous un ciel dégagé, sur lequel se profilent des sommets immaculés. La Gangapurna "fume" pourtant, un vent violent souffle en altitude. Restons optimistes...
En quittant Yak Kharka, c'est une scène attristante qui s'offre à nous et nous enseigne durement les lois de l'hiver et du froid : deux jeunes yaks gisent morts, leurs pattes enfoncées dans la neige ayant été dans la nuit prises par le gel. Je me défends de l'interpréter comme un mauvais présage !
Le sentier est de plus en plus sommaire, il a probablement été tracé par les quelques locaux qui approvisionnent les lodges. Je suis à peu près persuadé que nous sommes les premiers touristes à la suivre depuis les récentes chutes. La progession s'y fait vite épuisante. Bis repetita placent...

Cette aventure par temps hivernal au sein d'une nature sauvage et tourmentée est quand même fort excitante ! Mais il nous incombe de rester concentrés pour négocier une succession de passages délicats, à l'aplomb de pentes abruptes qui filent vers le torrent. De temps à autre une descente fun, "en ramasse", me permet de souffler un brin avant d'attaquer une nouvelle montée.
Nous pensons à d'éventuelles avalanches, mais le froid rigoureux qui perdure nous rassure à cet égard. Je suis accoutumé à de telles situations en montagne, et d'aucunes plus scabreuses, aussi ne ressens-je la moindre anxiété. Je suis pour ainsi dire dans mon élément.

Atteindre Thorong Phedi n'est pas une entreprise surhumaine, mais nous mettons quatre heures trente, ce qui peut paraître énorme pour un dénivelé de cinq cents mètres à peine. Peu nous importe, l'essentiel est que nous sommes parvenus jusques ici, sains et saufs. Il est 13 heures, nous passons le reste de la journée à l'abri et au chaud, observant depuis les baies de notre refuge les arrivées successives de trekkers. Parmi eux, notre ami Luc qui, partant ce matin-même de Manang, vient d'abattre en une journée ce qui nous en a pris deux !
Echoués dans les deux lodges, nous sommes à présent plus d'une vingtaine de prétendants à la traversée, dont quelques guides et porteurs qui accompagnent leurs clients.

092.jpgProgression délicate vers Thorong Phedi


Ici, le brasero placé sous la table commune fonctionne au kérosène, plus économique que le bois - où en trouver du reste ? -, mais combien plus malodorant. Les mines sont un peu plus graves qu'à l'accoutumée, chacun pense déjà au lendemain. L'inquiétude est même là chez les plus éprouvés d'entre nous, ceux qui souffrent de maux de tête - genre "casquette en boulons".
Mais le nombre rassure. Un sentiment de solidarité face aux éléments à émergé au long de ces jours difficiles. Chacun sent bien qu'il ne sera pas abandonné à son sort sur les pentes du Thorong La !
Pour ma part, ce que je redoute le plus est le froid, mes équipements "pieds" et "mains" ayant atteint leurs limites... Méfiance, une gelure est vite arrivée !
Je partage une room avec Matt et Jussi, à trois elle y gagne quelques précieux degrés. Le départ est fixé à 5 heures - breakfast à 4 heures et demie - afin de bénéficier d'une neige compacte qui facilite la progression. En conditions normales et sèches, l'ascension s'effectue en quatre heures.

Je m'interdis tout pronostic sur la durée de la nôtre...  



093.jpgLes lodges de Thorong Phedi à 4500 m, en arrière-plan, à g.le Kathung Kang (6484 m), à dr. le passage qui mène au Thorong La

Publié dans Annapurnas

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