Folle descente sur le Mustang

Publié le par yvan

099.jpgDans la descente du Thorong La, visible au centre de la photo

L'étape est loin de son terme, c'est une descente de mille six cents mètres qui nous attend à présent. Il s'agit de rallier Muktinath, premier village sur le versant ouest du Thorong La et lieu de pélerinage hindouiste renommé. Le col est une frontière géographique majeure, mais aussi une limite administrative entre le district de Manang et celui de Mustang.

Il en est qui redoutent de tels exercices, plus éprouvants pour les chevilles et les genoux que les ascensions. Moi, je l'avoue, je m'éclate dans les descentes, quelle que soit la nature du terrain. La neige, ça me convient.
Personne ne s'attarde très longtemps au col. Le soleil venant, la neige va se transformer et, une fois amollie, devenir une entrave à la progression. Lorsque je démarre, des dizaines de silhouettes se profilent déjà en contre-bas, essaimées tout au long de la trace.
Cette descente c'est un vrai bonheur !
 Par moments, j'y vais à fond. Je rattrape un Australien, qui fait partie du lot de trekkers rencontrés ces derniers jours et nous poursuivons ensemble. Le gars n'a jamais vu autant de neige, mais y évolue adroitement. Quand le terrain s'y prête nous partons successivement dans la trace pentue en des glissades hasardeuses qui se terminent parfois sur le cul.
Je suis seul à présent. J'ai dévalé mille trois cent mètres lorsque je parviens aux premières tea-shops.


On pourrait croire qu'en cette contrée reculée, les habitants sont restés à l'écart du monde technologique et mécanisé, et mènent une vie semblable à celle de leurs ancêtres. Or, il n'en est rien. J'en prends conscience lorsque la Tibétaine qui tient l'une des tea-shops se dirige vers un curieux équipement dressé sur la terrasse, composé d'un socle et d'une demi-sphère métallique, afin d'en retirer une cocotte-minute chuintante, certainement emplie de bonnes pommes de terre. Un porteur m'enseigne qu'il s'agit d'un four solaire, de pure technologie népalaise. Il est vrai que des journées comme celle-ci sont propices à la capture de l'énergie du soleil. J'ai eu l'impression d'être moi-même au centre d'un vaste four sur des portions de cette descente où la neige réverbérait un maximum. Peut-être un record d'amplitude thermique aujourd'hui : -15° à l'aube, 40° au soleil en milieu de journée, températures estimées !


101.jpgLha Tho (autel bouddhiste) au-dessus de Muktinath


Je traverse un plateau occupé par une mosaïque de parcelles où la neige a déja bien fondu. Elle découvre des murets, de petits rocs erratiques, des lambeaux de pelouse alpine et même les mottes de terres des champs labourés. Des chevaux de labour broutent ça et là. A un détout du sentier, un lha tho, que surplombe une ligne électrique, m'indique que je ne suis plus très loin d'une zone habitée. Dans les montagnes de culture tibétaine, un lha tho est une sorte d'autel dédié aux divinités de la région qui se tiennent dans les mondes célestes. Il marque la frontière entre ces espaces sacrés et le monde humanisé. Je reviens des mondes célestes...
M'écartant involontairement du chemin principal, je me retrouve au hameau de Chhengar. Je suis des sentes au hasard, qui contournent des parcelles, en perdant graduellement de l'altitude, puis, peu après avoir longé une gompa, retrouve l'itinéraire classique. Mais en-dessous de Muktinath qui était mon point de chute "normal" ! J'hésite trois secondes, à la suite de quoi je m'engage d'un pas résolu dans la descente sur Jharkot. Ce n'est pas une décision mûrie, plutôt un coup de tête. En toute logique, il est aberrant de vouloir s'économiser une centaine de mètres de montée pour en descendre mille jusqu'à Kagbeni ! J'ai simplement envie de continuer ma route. Les justifications viennent après : il n'est que treize heures, je peux toujours faire étape à Jharkot, les nuits sont moins froides plus bas...

La marche est agréable, en légère déclivité, sur un chemin de dalles. Je m'accorde une heure à Jharkot pour avaler un plat de pommes de terres bouillies puis reprends mon interminable course vers Kagbeni. La piste parcourt une vaste étendue aride et minérale où je ne rencontre âme qui vive hormis un homme à motocyclette (!) et un troupeau de chèvres mené par un berger. Enfin, j'aperçois au loin Kagbeni. Dans la dernière descente, je coupe les lacets de la piste par des raidillons caillouteux pour parvenir à la porte du village. J'aurais marché dix heures aujourd'hui.

102.jpgJharkot, district de Mustang

Publié dans Annapurnas

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Hélène 27/10/2011 17:46


Merci pour ta réponse rapide ! Très bien ton blog-nature, dommage que tu n'habites pas plus près, moi c'est la limite Gironde-Dordogne... Au cas où tu veux voir ce que j'ai fait avec tes photos,
voici le lien : http://natureln.librox.net/spip.php?article182
Merci encore pour le partage !
Hélène


Hélène 17/10/2011 16:48


Merci beaucoup pour ce vrai livre, si bien écrit, c'est un plaisir de te lire et ça me donne encore plus envie de me rendre au Népal. J'y redoute pourtant les difficultés (souffle, mam, résistance
au froid). J'aime que tu mettes la végétation, le minéral. Je fouille dans ton site car j'ai un ami qui fait le tour des Annapurnas en ce moment, alors, j'apprécie de marcher "un peu avec lui".
J'aimerais tant faire ça ! J'ai un article aussi en préparation sur le Tour... Accepterais-tu que je prenne quelques unes de tes photos ? Si oui, je mettrai ton nom et le nom de ton blog. Bravo et
encore merci ! Bonnes balades prochaines, peut-être on se retrouvera un jour sur les routes !


yvan 18/10/2011 09:09



Merci pour ton commentaire. Bien sûr tu peux utiliser des photos. En fait je n'écris plus sur ce blog depuis un moment. Mais si tu t'intéresses au végétal et à la nature, je travaille dans une
assciation pour la préservation de la biodiversité où je suis entre autres chargé d'un blog. Son adresse est :


e4asso.over-blog.com


A bientôt


Yves



tietie007 21/06/2007 21:25

Toujours aussi sympa le récit de ton périple népalais !