Les fossiles de la Kali Gandaki

Publié le par yvan

104.jpgKagbeni, district de Mustang

 

Kagbeni, havre de détente, oasis de bien-être ! Dans ce village tibétain du bout du monde, terminus du trek de la Kali Gandak, la collision entre modernité et tradition fait naître en moi d'hallucinantes impressions. Je suis sans aucun doute shooté par la stupéfiante descente de deux mille six cents mètres que je viens de m'infliger et mentalement très excité, ce qui empêche pour l'heure la fatigue de m'assommer. Peut-être une légère lassitude dans les jambes, mais qui ne suffit pas à m'inciter au repos. Je m'en vais arpenter les jolies rues dallées de la bourgade, après avoir posé mon baluchon à l'Hotel Mustang Gateway & Yac Donalds Restaurant (!).

Un torrent, la Jhong Khola, que l'on franchit sur un pont de pierres passe au beau milieu de village. Il est issu du massif du Pukhung Himal qui domine au nord le col d'où je viens. C'est bientôt le crépuscule, il règne une quiète animation, des enfants jouent et rient, des cavaliers taillent une bavette tandis que les plus speed, curieusement, paraissent être les moines, nombreux ici où est établie une importante gompa. Mais pas un seul touriste à l'horizon dans les rues de Kagbeni. Tant mieux, car j'apprécie ce moment où je me retrouve seul, ayant lâché la troupe de compagnons des quatre coins du monde. Depuis cinq jours je n'ai eu guère loisir de connaître la solitude du trekker de fond, elle me manquait un peu. Cela ne signifie pas pour autant que je n'aurai plaisir à les revoir sur quelque étape suivante. J'imagine sans peine l'affluence à Kagbeni lorsque bat la haute saison, au regard du nombre - peut-être une quinzaine - de lodges qui investissent la bourgade. Elle est si facile d'accès par la vallée de la Kali Gandaki. Les plus paresseux prennent l'avion de Jomosom, à quelques heures de marche d'ici, les autres y parviennent en moins de dix jours de marche depuis Pokhara ou y font étape sur le circuit des Annapurnas.

La nuit tombe, très vite comme d'habitude, en même temps que le froid commence de se faire sentir. Rien de comparable toutefois avec les températures polaires des jours précédents. En perdant aujourd'hui deux mille six cents mètres, je gagne environ 15 degrés, selon l'équation bien connue 100 m = 0.6°. Peut-être même ne gèlera-t-il pas cette nuit. Je ressens pourtant le besoin de me réchauffer et, de retour à l'hôtel, avale thé sur thé en attendant mon repas du soir.
La nuit tombe, très vite comme d'habitude, en même temps que le froid commence de se faire sentir. Rien de comparable toutefois avec les températures polaires des jours précédents. En perdant aujourd'hui deux mille six cents mètres, je gagne environ 15°, selon l'équation bien connue 100 m = 0.6°. Peut-être même ne gèlera-t-il pas cette nuit. Je ressens pourtant le besoin de me réchauffer et, de retour au gîte, avale thé sur thé en attendant mon repas du soir. Mon impression de "retour à la civilisation" se confirme lorsque je me cale devant l'un des quatre ordinateurs de l'hôtel pour envoyer des mails ! Quelle différence avec ma première visite à Kagbeni, il y a des années de cela, où électricité et téléphone y étaient encore inconnus !
Le mustang coffee - café arrosé de rakshi, genre café calva - qui clôt mon festin finit de m'achever. Je me réjouis de la longue nuit confortable qui m'attend.
 


106.jpgHaute vallée de la Kali Gandaki, entre Kagbeni et Jomosom


Eveillé à six heures par des moines qui jouent de la trompe et de la cymbale dans un petit temple en face de l'hôtel - bonjour la grasse matinée prévue ! - je me mets tranquillement en route, me délectant par avance de la cool journée de marche qui s'annonce - que du plat ! - Le vent du nord balaie la vallée de la Kali Gandaki, mais le temps est au beau fixe et le ciel uniformément bleu.
Surprise à la sortie du village, j'aperçois deux silhouettes familières sur le pas d'un lodge : Matt et Jussi, mes deux compagnons de galère ! Retrouvailles chaleureuses des trois baroudeurs, lesquels se content en cheminant de concert leurs aventures respectives. Je me rends compte en écoutant leur récit que ce fut pour eux encore plus sévère et périlleux que pour moi-même... Mais ils l'ont bien cherché !

L'itinéraire suit le lit caillouteux de la rivière dans un paysage entièrement minéral, que seuls quelques bouquets de saules égayent de taches colorées. Bientôt pourtant l'environnement s'humanise, des hameaux se nichent dans ces oasis qu'encerclent des parcelles que la relative clémence du climat permet de mettre en culture. C'est enfin le printemps !
La piste poussiéreuse est le plus souvent déserte, seulement parcourue par quelques riders à cheval ou à motocyclette. A l'un de ses détours, loin de tout lieu habité, nous tombons de manière inattendue sur un vendeur de fossiles qui nous présente son abondante collection. Nous décidons illico de partir nous-mêmes en quête de ces précieux souvenirs et descendons dans le lit de la rivière où l'on est censé les dénicher. Ces fossiles sont des ammonites datant de plus de cinquante millions d'années, époque de la collision entre l'Inde et la plaque eurasienne qui ferma l'ancienne mer de Téthys où vivaient ces mollusques. Nous avons bien repéré sur le stand du vendeur d'ammmonites que celles-ci étaient à l'exception de tout autre incluses dans des galets noirs, probablement d'origine basaltique, mais après en avoir brisé plusieurs dizaines sur des kilomètres de rive, nous restons désespérement bredouilles. Quel est donc le truc des autochtones pour en mettre autant à jour ? Cela restera pour nous un mystère. Peu avant Jomosom, je finis par craquer et après un marchandage acharné avec un autre vendeur, réussis à échanger un couteau dont je n'ai aucune utilité contre l'une de ces ammonites. De sentir au fond de ma poche ce curieux souvenir me comble de plaisir et illumine ma journée.
  



109.jpgA la recherche de fossiles dans le lit de la Kali Gandaki

Publié dans Annapurnas

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