Vendredi 2 mai 2008

MBC (3720 m), le sentier de ABC est visible sur la droite, en arrière-plan Annapurna South (7219 m)


Au départ de l'ultime étape, c'est sans hésiter que je chausse mes boots car certain d'avoir très rapidement à brasser sur mon parcours une bonne couche de neige fraîche. Habituellement, je trekke en chaussures de randonnée basses et légères - des basiques Quecha à 30 € - qui me conviennent mieux que les modèles à tige montante. Affaire de goût et de confort. Certains préfèrent en tout temps et en tout lieu les "grosses tatanes", pour ma part je me sens plus adroit et plus sûr dans la marche lorsque mes chevilles ne sont pas contraintes. Seule exception : la neige.
Ah ! les godasses. Sans doute la pièce d'équipement la plus importante du trekker au long cours. S'il est mal chaussé, tôt ou tard s'abattra sur lui la pire des malédictions : I mean les ampoules ! Aussi trouver pompe à son pied s'impose comme une préoccupation de premier ordre avant le départ pour ce genre d'aventure. Voilà une digression des plus triviales, certes, mais à méditer par tout candidat au trek...

On nomme communément Sanctuaire de l'Annapurna ce vaste cirque glaciaire, uniquement accessible par le sud, environné d'une ceinture de pics enneigés qui le dominent de plus de trois mille mètres et où se nichent les camps de base du Macchapuchare (3720 m) et de l'Annapurna (4095 m).

Quitte à me répéter en exposant mes états d'âme récurrents à celles et ceux qui me suivent et trouvent quelque intérêt à cette "aventure himalayenne" - tout compte fait assez banale et peu engagée, je baigne ce matin encore dans une sorte de bien-être absolu - à ne pas confondre toutefois avec le nirvana, le vrai ! -, corps et esprit délivrés de toute préoccupation. Se lever à l'aube, reposé et clairvoyant, prendre un savoureux breakfast sur une terrasse caressée par les rayons d'un soleil naissant, admirer la palette des verts miroitants aussi loin que porte la vue, respirer un air déjà raréfié mais exempt de toute pollution, se mettre finalement en route pour attaquer la première volée de marches aux lauzes scintillantes... Que se passe-t-il donc avec ce mode de vie ? Le "trek"... Besoins artificiels gommés. Aller, simplement. Mais pas une religion - quoique un petit côté mystique... -. Bien sûr, nombre d'errants sont religieux, quelque soit du reste leur dogme, pélerins (de Compostelle !), moines, saddhus (de Muktinath !)... qui parcourent les axes sacrés.

 Les pentes avalancheuses du Hiunchuli au niveau d'ABC, en arrière-plan le Macchapuchare

En tout cas, ici, sur l'ultime étape du trek du Sanctuaire, il s'agit d'une toute autre procession : les trekkers, pérégrins des temps modernes, profanes adorateurs d'un sanctuaire de glace, sectateurs contemplatifs de la "Grande montagne", sont légion. Cela commence pour de bon à Deorali, dernier établissement de lodges avant MBC, où je parviens rapidement.  Les quelques bâtisses bruissent des préparatifs des randonneurs à peine sortis du sommeil : d'aucuns traînent devant leur petit déj, d'autres errent dans l'attente d'une improbable douche, mais tout ce petit monde ne m'a pas l'air très motivé pour se mettre en route. Appréhension d'un journée difficile sans doute... Après avoir avalé mon second thé de la journée et fait un brin de causette avec deux "compatriotes", je ne m'attarde pas outre mesure, je me méfie des avalanches car toutes les conditions sont réunies - ensoleillement, neige fraîche, vent en altitude... - pour que ça dégringole dans cette étroite vallée de la Modi Khola surplombée par les raides versants du Hiunchuli et du Macchapuchare !
Et en effet, à deux endroits, des coulées ont, récemment semble-t-il, emporté le sentier qui a été retracé sur leur langue par les pas des marcheurs.
Depuis la terrasse plombée de soleil de "Shankar Guest House MBC", mon regard va se perdre vers de blanches uniformités qu'entaille une trace sinueuse à peine visible, qui mène au but final. Deux heures, disent les Népalais, estimation qui porte un coup au moral de certains touristes déjà épuisés. Avec la forme que je tiens (globules rouges à profusion...), je compte bien mettre moins de temps pour ces malheureux trois cent cinquante mètres de dénivelé !
Ce qui me surprend sous ces altitudes et dans ce paysage nival où toute végétation reste enfouie, c'est la présence insolite d'insectes. Les mouches, éternelles commensales de l'homme, d'accord, qui trouvent à se nourrir dans les cuisines des lodges, mais d'autres, dont ces dizaines de papillons piérides à peine sortis de leur état de chrysalide, que peuvent-ils bien butiner pour survivre ? J'en observerai même un spécimen égaré à 4000 m, porté là  par les vents de vallée.
A présent ce sont des dizaines de taches sombres et colorées, frêles silhouettes perdues dans une arène aux dimensions hors du commun, qui s'éparpillent au long de la trace gris bleu. Je me mets en route, rejoignant la procession. La marche est un apprentissage permanent, j'ai acquis une technique qui me convient en altitude : des pas courts - voire très courts sur les terrains les plus pentus - en même temps qu'assez rapides, inspiration sur un pas, expiration sur le suivant. Ainsi j'avance régulièrement et sans fatigue, sans même éprouver le besoin de pauses.
Progressivement je grignote la distance qui me sépare de ceux qui me précèdent et j'assiste aux premières défaillances, dues au manque d'habitude ou à l'hypoxie. Certains même sont assis dans la neige, momentanément vaincus par l'essouflement. Mais tous finiront par arriver, en ordre dispersé, aux lodges du Camp de base de l'Annapurna, édifiées sur une élévation de terrain au pied du glacier du South Peak.


 Les lodges de ABC (4095 m), au pied de l'Annapurna South
Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Vendredi 18 avril 2008
La bambouseraie de la Modi Khola

Trekker des jours durant engendre une sorte de routine. Tout adepte de cette façon spartiate de voyager va  bientôt adopter des comportements, limite maniaques, visant à aménager au mieux ses conditions de vie nomade. Et chacun de se conformer dorénavant à des rituels élaborés au fil des étapes. Repères, balises... Les us et coutumes des trekkers sont parfois étonnants. Moi, ce serait les pauses-thé : là où d'autres tracent obstinément leur route, en dépit même des intempéries, je prise de visiter en chemin une flopée de maisons de thé, occasions surtout de rencontrer quelqu'autre pékin , qu'il soit touriste, villageois, porteur, pour échanger sur les aléas de la vie de marcheur.

A partir de Chomrung, les randonneurs se font plus nombreux, l'ABC (Annapurna Base Camp) attire les foules car c'est un trek que quiconque peut effectuer en moins de dix jours en partant de Pokhara. Je parcourrai pourtant l'étape en solitaire. Franchi l'un de ses affluents, l'inexplorée Chomrung Khola, je rejoins la vallée de la Modi Khola, voie naturelle de pénétration au sein du Sanctuaire de l'Annapurna . Le sentier à flanc de versant surplombe, de quatre cents mètres par endroits, le lit de cette puissante rivière issue des glaciers. La nature est luxuriante et sauvage, la vallée originellement inhabitée n'abrite que quelques lodges qui s'échelonnent à intervalles réguliers tout au long de l'itinéraire. A force d'y être quotidiennement confronté, je commence de les aimer mes chères ambiances tropicales, noyées des eaux du ciel puis fumantes au soleil revenu. La forêt mixte comprend une flore fort variée du fait de l'interpénétration des étages sub-alpin et tropical : des pins bleus, diverses espèces de rhodo aux fleurs roses, rouges, blanches, des génévriers et, essence précieuse entre toutes, des bambous, aux innombrables usages.
 
Je ne me suis fixé aucun plan de marche, l'hébergement ne me cause aucun tracas. En fonction de son humeur et de sa fatigue on peut au choix faire étape à Khuldi Ghar, Bambou, Doban, Himalaya Hotel (!), Deorali, Bagar... autant de lieux successifs pourvoyant gîte et couvert. 
 
Les plus forts rallient MBC (Macchapuchare Base Camp) d'une traite, ceux qui atteignent ABC le jour même sont des sportifs de haut niveau ou des montagnards népalais.
Mon humeur à moi est belle et sereine, après plusieurs jours passés au-dessus de quatre mille je suis parfaitement acclimaté ce qui procure à mon organisme un bon stock de globules rouges, dopant naturel qui vous fait pousser des ailes dès que s'abaisse l'altitude. Avantage indéniable sur ceux qui en sont aux prémices de leur longue montée depuis la plaine de Pokhara : Chomrung est à 2000 mètres, ABC à 4100.
Ce sera Himalaya Hotel, bien que l'après-midi ne soit pas très avancé. N'était-ce la pluie drue qui s'est mise à verser, je poursuivrai sans doute... Or, à quoi bon se tremper inutilement ! Je me sens déjà bien humide et des frissons ne tardent à me gagner. Sous l'auvent du lodge, je partage une longue table avec une équipe de slaves enjoués qui carburent à la bière sans lâcher leur webcam. Ceux-là continuent après s'être couverts de leurs capes de pluie intégrales : l'enjouement fait place à la résignation. J'ai horreur des capes, sous les tropiques ça doit être un calvaire !... Rien ne vaut un bon parapluie népalais, de ceux que l'on peut acquérir dans les bazars pour quelques centaines de roupies. De sorte de voyager le plus léger possible je m'en suis pourtant privé. Je m'arrête donc le temps qu'il faut en regardant tomber la pluie... Ici, je passerai la nuit.
A l'arrière de la bâtisse, chauffe un brasero, fait d'un bidon recyclé percé de deux ouvertures pour l'alimenter en bûchettes de rhododendron. Je m'accroupis sur la plate-forme où il trône pour me sécher en finissant mon thé, tandis que sous mes yeux le gardien du lodge et un jeune ado sont occupés à la fabrication d'un doko - la hotte de transport népalaise. Dans ces contrées, chacun dès son jeune âge exerce cent métiers. Les industrieux habitants des collines et des montagnes savent tout faire, garantie de leur survie dans un environnement sévère qui ne laisse aucun répit. J'observe l'incroyable adresse des "vanniers" - gestes mille fois refaits - à manier le khukri et la faucille pour débiter les longueurs de bambou, à tresser ensuite les souples rubans de bois. Ils en sont là au dernier stade, le cerclage de l'ouverture de la hotte.
Pendant ce temps, l'on s'active aussi auprès du fourneau et bientôt mon dîner est servi : un dal bhat bien copieux qui est l'ordinaire de la maison. Le dal bhat de base est composé d'une montagne de riz (bhat), d'une sauce claire aux lentilles (dal), de légumes verts bouillis, genre épinards (tarkari), d'épices ou de sauces épicées (kursani). Mais ce n'est jamais le même goût, c'est comme les nepali teas : tous différents. Chacun a sa recette... Un appréciable point commun : c'est à volonté. On vous en ressert des louchées tant et plus... Le dal bhat se mange normalement avec les doigts de la main droite en façonnant des boulettes de riz mouillées de sauce. J'ai adopté cet usage bien qu'en tout lieu fréquenté par les touristes des couverts soient diponibles.



La vallée de la Modi Khola, vue de Landrung
Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Vendredi 21 mars 2008

moines-1--copie-1.jpeg Manifestation de moines (source : http//zonehimalaya.net)

Ce que pouvait redouter de pire le gouvernement chinois est advenu : à quelques mois des Jeux Olympiques de Beijing, un vent de révolte contre l'envahisseur se lève à nouveau au Tibet.
Comme dans le cas récent du Myanmar, il se révèle extrêmement difficile d'obtenir des informations fiables, les régimes totalitaires ayant pour déplorable point commun de fermer leur territoire aux journalistes étrangers et de museler l'internet dès que des mouvements d'ampleur contestent leur autorité et leur légitimité.
Aujourd'hui cependant les dépêches d'agences se succèdent faisant craindre une vague d'arrestations massives et les nations occidentales commencent enfin de réagir... La Chine déclare "la situation sous contrôle". Quant au nombre de victimes de la répression, c'est l'inconnu. Les media officiels chinois ont évoqué au début des émeutes une dizaine de commerçants han (chinois) morts dans les incendies de leurs échoppes allumés par les tibétains ! Depuis, silence radio. S'ils ont admis aujourd'hui quelques manifestants blessés par la police au Sichuan, l'on est certainement loin du compte.

lhassa-1--copie-1.jpeg Lhassa quadrillée par la police et l'armée (source : http//zonehimalaya.net)

Les media étrangers tentent de faire leur boulot et relaient ce qu'ils peuvent glaner mais la chape de plomb qui couvre à présent le Tibet interdit toute estimation de l'ampleur de la répression. Quant à nos gouvernements, ils demeurent bien entendu très frileux sur la question, impératifs commerciaux primant sur toute autre considération. Que fait par exemple, notre groupe parelementaire sur la question du Tibet, fort quand même de 140 députés, mis à part de rédiger des déclarations générales qui n'ont que peu d'effets sur la politique étrangère de notre pays ?
Je remarque en outre que peu d'analyses de fond sont produites par la presse, en dépit des efforts louables de Libé et du Monde pour informer le lecteur. On relaie certes les événements similaires à ceux du Tibet survenus au Gansu (notamment au monastère de Labrang) et au Sichuan, mais sans réelle explication sur leurs raisons. Qui sait en effet que le Tibet historique est bien plus vaste que la province actuelle du même nom ? Il comprenait les territoires du Kham et de l'Amdo, de culture tibétaine, à présent morcelés et intégrés dans ces provinces du Gansu, du Qinghai et de Sichuan, présentées comme partie intégrante de la "mère patrie". On comprend alors mieux que l'éticelle de la révolte les enflamme elles aussi.

Le Népal, qui accueille plusieurs milliers de réfugiés, se trouve pour sa part en position très délicate pour "gérer" les manifestations qui se déroulent sur son sol, étant économiquement très dépendant de son puissant voisin. Ainsi a-t-on pu voir récemment à Kathmandu des "conseillers" chinois, venus sans doute prodiguer d'avisées recommandations aux dirigeants népalais pour étouffer toute velléité de protestation de sa population tibétaine. Ce qui peut paraître anecdotique mais est toutefois révélateur de la grande parano des dirigeants chinois quant à la bonne tenue de leurs J.O. est l'interdiction faite aux alpinistes de gravir la face nord de l'Everest début mai (la saison la plus propice) au moment où doit y être hissée la flamme olympique. Encore plus fort, ils ont fait pression sur le Népal pour que ce dernier ne délivre pas de permis pour l'ascension par la voie népalaise ! De crainte sans doute qu'un "commando" d'alpinistes ne déploient par exemple le drapeau tibétain sur le toit du monde le jour de l'arrivée de la flamme olympique ! Quant à l'attitude à adopter par rapport aux Jeux (boycott or not boycott), nous en reparlerons...
Pour en revenir au Népal et à sa position ambiguë, ne lui jetons pas trop vite la pierre, relativement à sa situation "intenable". N'oublions pas qu'il a déjà fort à faire avec ses problèmes internes, sans que cela ne le dédouane de respecter la liberté de manifester des Tibétains qui vivent sur son sol. Balayons auparavant devant la porte de nos nations occidentales (UE, USA...). Le Népal est devenu depuis décembre une "République fédérale démocratique", des élections libres s'y tiennent en avril, il est l'un des trois pays d'Asie (avec le Cambodge et les Philippines) où la peine de mort est abolie et la liberté de la presse et d'opinion y est totale.
D'ailleurs, pour conclure sur une note moins sinistre, je vous invite à partager à travers un dessin de presse, un échantillon de l'humour "à la népalaise".

cartoon-tkp_80319-1--copie-1.jpeg

"Arrêtez ! Vous allez vous blesser... Prenez plutôt ce bâton."
Source
www.kantipuronline.com

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* Parodie de la devise des Jeux Olympiques sur une banderole déployée par des alpinistes au  Camp de base de l'Everest


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Par yvan - Publié dans : Tibet
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Jeudi 6 mars 2008

161.jpg Un lodge original à Chomrung

A Ghorepani, je fais l'impasse sur le "pélerinage" à Poon Hill, une colline avoisinante s'élevant à 3200 mètres, célébrée par tous les guides de voyage pour la vue qu'elle dispense au lever du soleil sur les massifs de l'Annapurna et de la Dhaulagiri. En conséquence, quotidiennement une longue procession de touristes s'ébranle depuis les lodges de Ghorepani pour cette modeste ascension matinale qui impose quand même de se lever tôt. Il est vrai qu'un tel effort mérite bien une récompense : le panorama depuis cette éminence est réellement époustouflant.
Une aire d'atterissage pour hélicoptères est même aménagée à proximité de cette bourgade sans charme afin de permettre aux touristes fortunés et paresseux d'être à pied d'oeuvre pour le point d'orgue de leur virée au Népal : la contemplation passive des prestigieux sommets himalayens ! Je réprouve comme vous pouvez l'imaginer ce genre de pratique polluante et incongrue et la simple idée de cotoyer cette catégorie de voyageurs hérisse le "puriste" que je suis.
Aussi je préfère tracer ma propre route et cheminer en solitaire vers mon objectif du jour, le village gurung de Chomrung. D'ailleurs le col de Deorali que je dois franchir atteint aussi une altitude supérieure à 3000 mètres et se révèle un site aussi propice que Poon Hill à l'observation des montagnes.

A mon réveil, la fatigue accumulée au fil de ce long trek se mêle à l'excitation mais bien vite, dès que mes jambes ont mouliné les premiers hectomètres, elle se dissipe au profit de la perspective attrayante de nouvelles découvertes.
L'itinéraire que je choisis est le plus direct pour rejoindre la piste principale qui mène au Camp de Base de l'Annapurna. J'ai lu cependant, je ne sais où, qu'il était déconseillé de le parcourir seul en raison de son caractère sauvage et retiré. On prétend même qu'au coeur de la forêt de Ghorepani des voleurs guettent les voyageurs solitaires pour les détrousser ! Je ne m'inquiète pas outre mesure, faisant la part de la légende et de la réalité. La construction de ce mythe est probablement fondée sur quelque événement avéré, mais qu'en est-il de sa fréquence ? Je fais confiance à maa bonne étoile et la pensée d'une mauvaise rencontre est loin de m'obséder. J'ai certainement plus de chances de rencontrer des bandes de singes langurs que de bandits de grand chemin, qu'on appelle dacoïts sur tout le sous-continent indien. Décidément si l'on suivait à la lettre toutes les mises en garde, entre les maoïstes et les dacoïts on ne partirait jamais trekker au Népal !
Oubliant toutes ces fantasmagories, je me concentre sur les dangers autrement plus concrets du terrain...
Il subsiste ça et là quelques plaques de neige dans la profonde forêt de pins bleus et de rhododendrons où pointent quelques bouquets de primevères. Tandis que je m'élève elles finissent par recouvrir de plus larges portions de sous-bois, masquant par endroits le sentier ombragé. La neige est gelée, il s'agit de bien négocier sa progression afin de ne pas dégringoler dans le petit ravin qui borde la trace. Je devine d'ores et déjà que j'en aurais quelques bonnes dizaines de centimètres dans les contrées plus élevées, sur le trek de l'ABC ! Mais la neige ne m'effraie plus, après le Thorong La... Le parcours de ce sentier verglacé aura finalement été le plus grand "péril" affronté aujourd'hui.

Bon finalement, ni détrousseurs de
 touristes, ni, à mon grand regret, de singes langur je n'ai croisés. En revanche, des chants d'oiseaux m'accompagnent tout au long de cette marche matinale. A plusieurs reprises, je me retouve nez à nez, si j'ose dire, avec de bien curieux spécimens de l'avifaune : des eulophes (Pucrasia Malocropha), une espèce de la famille des faisans, endémique dans tout l'arc himalayen., dont le mâle porte sur la tête un joli toupet de plumes vert brillant. A mon approche, ils se carapatent dans les sous-bois en criaillant, sans pour autant paraître bien effrayés. A Deorali, le panneau d'une lodge est d'ailleurs orné d'un dessin grossier de ce Common Koklass, tel que le volatile est dénommé en anglais. C'est sans nul doute la curiosité locale, mais peut-être, je l'ignore, fait-il partie des espèces protégées ? L'un des emblèmes officiels du Népal est une autre espèce de gallinacé, le faisan impeyan, ou danphé, que l'on rencontre assez couramment dans le Parc National de Sagarmatha (Everest). 

 

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Eulophe macrolophe (famille des Phasianinés)

Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Mercredi 23 janvier 2008
Tashi Delek !

Soufflons un peu ! Je vous invite à une petite pause musicale et spirituelle, avant d'attaquer le trek du Camp de base de l'Annapurna.

Le mantra que vous allez écouter, "Om Mani Padme Hum", est en ce printemps 2007 un tube à Kathmandu. Il suffit d'arpenter les rues de Thamel pour l'entendre à toute heure du jour et de la nuit, diffusé par les nombreuses boutiques de disques du quartier.

La musique et les chants sont pour le bouddhisme tibétain une voie privilégiée pour atteindre l'illumination...

Bonne méditation !


Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Dimanche 13 janvier 2008

160-copie-1.jpg Menace d'orage dans la montée vers Ghorepani


Décision prise, objectif assumé, il est temps de me mettre en chemin en ce clair et lumineux matin. Presto ! Car la montée est longue jusqu'au col de Ghorepani, redoutée par bien des trekkers. Je veux éviter la chaleur accablante de la mi-journée, encore plus les averses qui ne manqueront pas de lui succéder, comme c'est de coutume depuis des jours. Curieuse cette mécanique climatique, ce cycle réglé comme du papier à musique alternant beau temps et intempéries. L'avantage du moins c'est que l'on sait à quoi s'attendre. J'anticipe déjà les futures chutes de neige qui pimenteront ma progression vers les camps de base du Macchapuchare et de l'Annapurna !

Mais le sort une fois de plus vient contrarier mon raisonnable plan de marche. Parvenu à une petite clairière, alors que je viens de prendre pied sur la rive gauche de la Kali Gandaki après l'avoir franchi sur un pont en troncs de bananiers et deux gués aux pierres instables, je me retrouve nez à nez avec une escouade de militaires qui m'ont bien l'air d'interdire toute progression. So, what happens ! Une traque aux maos maybe ? Quelques infortunés voyageurs stationnent déjà sur cette aire improvisée de parcage, que rejoignent au fur et à mesure que passent les minutes d'autres marcheurs - villageois, porteurs, trekkers... - tout ce beau monde se voyant désormais logé à la même enseigne : celle de l'attente... Si commune en Asie.
Or, point d'attaque de maoïstes en vue, je crois comprendre qu'il est question de travaux sur la rive opposée qui appellent de grandes précautions. On peut dire qu'au Népal on ne plaisante pas avec la sécurité des personnes ! Il s'agit plus précisément de faire exploser des charges d'explosifs afin de tracer la future route dans le flanc de la montagne. J'aperçois à trois cent mètres de distance une armée de carriers, qui on tout l'air de fourmis, oeuvrant sur ce chantier hors du commun. Encore ces fameux "forçats de la pierre" qui font ici progresser la piste de quelques dizaines de mètres par jour en direction de Tatopani. Tatopani, bientôt accessible en véhicule motorisé, t'y crois toi ! Bienfait certes pour les habitants de cette vallée enclavée, mais il faudra bien agrandir les bassins des thermes afin d'accueillir la nouvelle race de touristes qui à l'avenir s'y rendront  en 4x4 !

C'est à présent une véritable petite foule qui se presse , résignée mais sereine - bon, j'ai bien entendu une poignée de trekkers bougonner et râler ! - à ce coin de bois. Nombre d'entre nous ont déposé leur charge, leur sac à dos ou leur doko, se sont assis, ont commencé de deviser avec leurs voisins d'infortune. Ce genre d'événement a ceci d'opportun qu'il permet de lier connaissance avec des gens qui sinon nous seraient restés indifférents. Voilà qu'arrive un petit bataillon de porteurs, minces comme des triques et tout en muscles saillants, aux charges étonnantes. Pourtant j'en ai vu de ces hommes sur les sentiers népalais, trimballant d'improbables fardeaux, mais là ça dépasse les bornes de l'entendement ! L'un après l'autre, ils déposent précautionneusement leur tronçon de canalisation, long de deux mètres cinquante et d'un diamètre avoisinant le mètre, profitant de l'aubaine que représente cette pause imprévue. Plus tard je les observerai se préparant à repartir, prenant dix bonnes minutes pour charger leur obélisque de près de quatre-vingts kilos. Il faut naturellement le porter à la verticale, étroitesse des chemins oblige, donc le dresser puis le basculer sur le dos et l'y maintenir à l'aide d'un ingénieux système de lanières et de cordes, la stabilité et l'amorti étant assurés par une boule de chiffons glissé entre l'arrondi de la conduite et les omoplates !

Une salve assourdissante retentit, se répercutant en un écho sans fin contre les versants abrupts de la gorge. Accompagnant ce fracas, s'élèvent en tournoyantes volutes et bourgeonnants champignons gris, ocre et jaunâtres des tonnes de poussières et de débris de roches. Ils n'y vont pas de main morte pour entailler la montagne ! Mais ne nous y trompons pas, tout ceci doit être calculé au quart de poil par d'experts ingénieurs du génie civil népalais.
C'en est fini, croit-on, chacun se lève, empoigne son bagage, pressé à présent de lever le camp. Un soldat calme les ardeurs d'un geste de la main, un autre marmonne dans son talkie-walkie qui fait la liaison avec le chantier. Les opérations sont loin d'être terminées, nous aurons droit à quatre nouvelles séries de déflagrations, tout aussi impressionnantes avant d'avoir la permission de poursuivre notre route. J'aurais perdu - ou bien peut-être gagné, tout dépend du point de vue - une bonne heure au cours de ce curieux épisode de mon trek.


159.jpg Construction d'un nouveau pont au-dessus d'un torrent



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Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Jeudi 15 novembre 2007

166.jpg Le Macchapucchare (6993 m), cime sacrée et inviolée émergeant des nuages


Ma soirée à Tatopani est l'occasion de faire le point sur mes dispositions mentales et ma condition physique afin de prendre une décision quant à la suite de mon périple.
 Je jouis d'une bonne semaine encore de possibles divagations tandis que je me trouve ici, en ce fond de vallée, à un carrefour. Carrefour de pistes, carrefour de désirs...
D'un côté, il est tentant d'en finir, de cesser de se mesurer à ses infernales montées qui, les quinze kilos de charge aidant, mettent parfois le corps au supplice.
De l'autre, il est excitant de jeter ses forces restantes dans l'accomplissement d'un nouveau défi, d'affronter encore chaleur et froidure, rocs et glace, intempéries, avec en récompenses ces visions magnifiques que dispense la haute montagne.
Aurais-je un dé en poche, le ferais-je rouler sur la table commune de Himalaya Hotel afin de m'en remettre au seul hasard, tant il m'est difficile de prendre la "bonne" décision. 
Soit, sur les pas de Luc, mon compère québécois, j'emprunte demain à l'aube la piste qui mène à Beni en suivant gentiment la rive de la Kali Gandaki, ce qui revient à mettre un terme prématuré au trek, soit je me lance dans les interminables volées de marches qui sur 1650 mètres de dénivelée conduisent au col de Ghorepani où je serai à nouveau confronté à un choix d'objectifs.
 
C'est ce qui me réjouit dans le voyage en solo, la totale disponibilité et l'indépendance qui me permettent à chaque instant de choisir la direction à donner à mes pas, ce qui est inenvisageable lorsque l'on chemine avec une compagne, un compagnon, et encore moins en groupe. Seul, je suis en général porté à me décider promptement, voire sur des coups de tête ce qui peut je l'avoue me coûter parfois peines et tracas, ces élans spontanés se révélant peu compatibles avec des choix "rationnels" et réfléchis. Tant pis, j'assume ! Heurs et malheurs...
Curieusement, c'est loin de chez moi, dans ces ailleurs où se délitent les repères et le carcan d'une vie bien rangée perd sens que s'épananouit au plus fort le désir de libres aventures. Aussi je ne trouve décidément aucun argument raisonnable à opposer à la petite voix insidieuse qui me souffle "d'y aller" sans plus d'atermoiement.

Repos, vie douce, suave alanguissement sous les cieux de Pokhara-la-clémente... Ces perspectives pourtant délicieuses n'y changent rien : un seul objectif trouve désormais grâce à mes yeux, Annapurna Base Camp !

Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Samedi 6 octobre 2007
Tatopani-map--499.jpg La région de Tatopani sur la carte Schneider de l'Annapurna

Adieu Mustang ! Bonjour tropiques ! Elles sont là, dès les confins du district de Myagdi que nous abordons dans la descente sur Dana. Peu à peu, au fil de celle-ci se substituent aux forêts de pins bleus et de genévriers, bambous, palmiers, bananiers, orangers, arbustes aux fleurs de formes et de couleurs variées inconnues sous nos latitudes. Mais les rhododendrons géants en pleine floraison, dont à l'occasion je glisse une fleur incarnate sous le bord de ma coiffe, se dressent toujours sur les versants. S'épanouissent aussi dans les jachères des pousses de cannabis, qui sont en ce printemps précoce à leur premier stade de croissance mais donneront passée la mousson d'été les magnifiques plantes aux foisonnantes sommités florales qui font la réputation de la région. Du côté de Beni, chef-lieu du district, le chanvre couvre des hectares. L'autochtone n'ignore pas l'attrait des touristes pour la plante "qui fait rire" et il est fréquent de se voir proposer quelques grammes de haschisch, produit dont le commerce est pourtant prohibé au Népal. Mais l'on est si loin de la capitale... Ici, les lois ne s'appliquent sans doute pas aussi sévèrement et les traditions locales perdurent.

Changent aussi les hommes, les habitats, les traits culturels... Nous quittons l'aire de civilisation tibétaine pour pénétrer une contrée façonnée par d'autres influences.


157.jpg Le massif de la Dhaulagiri (8167 m) dominant la vallée de la Kali Gandaki

Aujourd'hui, l'objectif, ô combien logique, est de rallier Tatopani. D'ailleurs, il ne pourrait en être autrement. Quel puissant motif nous pousse donc à y faire halte ?... Et bien, Tatopani c'est littéralement "l'eau chaude", si l'on se souvient de notre Petit cours de nepali pour le fun, et comme tout bon trekker des Annapurnas le sait, la localité ainsi dénommée est célébrissime pour ses incomparables "hot springs" qui sourdent de la montagne sur la rive droite de la Kali Gandaki. Etape "obligée", comme il en est quelques-autres sur ce trek.

Mais n'anticipons pas notre plaisir, vivons le moment présent ! Pour l'heure nous plongeons dans la vallée tropicale
. Thé à Ghasa, bourgade où la volaille est l'occupante reine de la rue. Le chien de Tashi, le guide des trekkers français, ne peut se retenir de croquer un poussin au passage, événement malheureux qu'ensuit une paisible discussion entre le maître du chien et le propriétaire de la volaille afin de convenir d'un dédommagement.

Nous rencontrons désormais de plus en plus de trekkers qui remontent la vallée, dont beaucoup en groupes organisés. Ce ne sont pas pour autant des candidats à la traversée du Thorong La, celle-ci étant particulièrement ardue et risquée dans le sens ouest-est en raison d'un gain d'altitude beaucoup trop rapide pour assurer une bonne acclimatation. En haute saison, l'itinéraire Pokhara - Jomosom est hyper fréquenté ce qui fait le bonheur des propriétaires des centaines de lodges qui au fil des ans ont poussé comme des champignons. La manne touristique a visiblement enrichi certains Thakali entreprenants qui ont bâti de très accueillantes lodges où il fait bon s'arrêter. A Dana, par exemple, où nous nous gavons d'un délicieux dal bhat (plat national à base de riz et de lentilles) accompagné d'un jus d'oranges fraîchement cueillies sur les arbres du jardin.
 Il existe semble-t-il un revers à la médaille : le dépérissement des traditionnels liens de solidarité villageoise et un fossé grandissant entre les plus riches et les plus pauvres. La scène désolante qui génère en moi cette perception est celle de deux jeunes enfants dépenaillés qui grimpés sur le muret du jardin pour observer les touristes attablés seront rapidement chassés par un patron soucieux de la tranquillité de sa clientèle. Effet pervers du tourisme de masse...

Le site des "hot springs" a quelque peu changé depuis mon premier passage il y a bien des années. Là où l'on se plongeait dans des vasques naturelles a été bâti un vaste bassin maçonné, un genre de piscine en fait, où barbotent trekkers et locaux. L'accès est payant (20 roupies, une misère !) ce qui permet un entretien régulier de l'infrastrucure. L'eau coule en permanence à 40°, on y pénètre progressivement
, orteils, mollets, cuisses, bassin, torse, cou. Bien-être total. Il est néanmoins préférable de ne pas s'attarder trop longtemps, au risque d'en ressortir légèrement cuit, de la couleur d'un homard à la nage, car l'eau à la différence d'une baignoire conserve une température constante.
Puis c'est sous une pluie battante que les baigneurs se rhabillent sous un modeste abri de bambou avant de regagner le village à travers les luxuriants jardins d'agrumes.
 
Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Dimanche 9 septembre 2007
156.jpg Incitation à la contemplation : rhododendrons en fleurs sur fond de sommets himalayens...

Etape à Uppala Lete. La bourgade fait partie d'une agglomération villageoise qui aligne ses maisons sur plus de deux kilomètres de part et d'autre de la piste. Après une ultime traversée de la Kali Gandaki, l'on atteint rive droite les premières maisons de Kalopani - " Les Eaux Noires". Dès lors, le sentier se change en une rue pavée de belles dalles - comme c'est toujours le cas dans les villages de la Thak Kola - qui monte gentiment vers les hauteurs de la localité et les alpages. Un panneau d'information destiné aux trekkers indique l'emplacement de la quinzaine de petits hôtels qui s'échelonnent tout au long de la voie jusqu'à Lete. Le site d'Uppala Lete, point culminant de l'agglomération, a un petit air alpestre avec sa mosaïque de prairies et de champs cultivés ceinte de forêts de pins bleus. La rivière qui sinue en contrebas n'est plus visible mais un grondement continu dénote qu'elle nous accompagne toujours.

L'arrivée au lodge au terme de la journée de marche reste toujours un moment de bonheur. Repos, détente, contemplation...  Le soleil aujourd'hui a été suffisamment généreux pour alimenter les panneaux solaires de Himalayan Lodge, ce qui signifie l'assurance d'une bonne hot shower pour le trekker couvert de poussière et de sueur. Puis le thé brûlant et réconfortant pris sur la terrasse complète l'impression de bien-être et en quelques minutes la fatigue accumulée dans la journée s'évanouit miraculeusement. Alors la soirée, forcément festive, peut, ainsi que les agapes, commencer...

Je ne crois pas être naturellement porté à la contemplation, je dois pourtant avouer que voyager à pied au Népal m'y incite étrangement. En cette fin d'après-midi, le temps n'est pas vraiment propice à celle des sommets. L'endroit serait idéal si ces bourgeonnements nuageux montés des vallées méridionales hélas ne les masquaient. J'imagine et sens néanmoins la présence toute proche de la Dhaulagiri et de l'Annapurna qui nous dominent du haut de leurs 8000 mètres. Si ces montagnes hors du commun ne daignent aujourd'hui dévoiler leur merveilleuse beauté, d'autres scènes, certes plus prosaïques, parviennent à attirer mon regard dans le village que je parcours de long en large. Comme par exemple ces braves mules - eh oui, encore elles, omniprésentes ! -. A l'instar du trekker, elles ont "fait leur journée" et une fois déchargées de leur fardeau et débâtées - c'est fou ce que parfois je me sens moi-même mule après quelque rude journée ! -, elles sont laissées en totale liberté dans la rue traversière dont elles broutent placidement les bas-côtés. Pour l'heure les caravanes se mélangent et les bêtes se cotoient en toute convivialité, déambulant ou méditant en mâchouillant, mais à la nuit tombée nul doute qu'elles se reformeront sous l'égide de leur chefs respectifs agitant grelots.

L'harmonie de ce joli village est malheureusement rompue par la présence un peu à l'écart, à l'orée de la forêt, d'une sorte de lotissement en voie d'achèvement. Je suis enclin à penser qu'il s'agit d'un "resort" qui peut-être accueillera quelques touristes nantis venus de Jomosom au terme d'un court trek. N'oublions pas non plus qu'un jour ou l'autre la route carrossable parviendra jusqu'ici. Les infrastructures se mettent doucement en place... Les bâtiments de ce supposé centre de loisirs sont chapeautés de toitures de tôle bleu vif qui ne s'intègrent pas du tout dans le paysage et même, de mon point de vue, le défigurent. Il faudra bien pourtant que je m'y accoutume, j'en verrai tant et plus les jours prochains car ce matériau de construction tend à être intensivement utilisé en place des traditionnelles lauzes des maisons thakali.


158.jpg
Et incitation à la méditation - peut-être - avec ces drapeaux de prières flottant dans les cieux...
Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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Dimanche 19 août 2007
113.jpg "Bus stop" sur la ligne de la Kali Gandaki !

Depuis mon départ de Kagbeni, hier matin, je rencontre de temps à autre au long de ma route de bien curieux véhicules. Je les ai spontanément baptisés tracto-bus, étrange néologisme certes, mais qui définit assez précisément ces remorques rustiques attelées à de robustes tracteurs, qui charrient les autochtones d'un village à l'autre via la piste de la Kali Gandaki. Des privilégiés
chevauchent bien des motocyclettes, de fabrication chinoise ou japonaise, mais ils sont loin d'être légion, de jeunes hommes pour la plupart qu'enlace parfois leur girlfriend installée sur le siège passager. L'apparition récente de cet engin préfigure-t-elle, d'ici quelques décades, leur sustitution complète aux traditionnelles montures que sont les sympathiques petits chevaux himalayens, du moins sur les tronçons d'itinéraires "carrossables" ?
Ces fameuses remorques de la "Kali Gandaki Bus Line" sont acheminées - en pièces détachées ? - par la voie des airs jusqu'à l'aérodrome de Jomosom, comme du reste tracteurs, motocyclettes, réfrigérateurs ou tout autre équipement lourd. Elles ne comportent pas de sièges et les passagers, une majorité de femmes et d'enfants, s'y pressent par dizaines, debout, accroupis ou assis à même le plancher, au milieu de colis et ballots variés, pour se rendre aux champs, à l'école, en visite...
Quant aux horaires de passage de ces transports collectifs du troisième type, mystère ! J'en observe à toute heure de la journée... Je ne les ai pas testés, préférant en toutes circonstances la marche, mais j'ai parfois aperçu à leur bord de petites poignées de touristes profitant de l'aubaine pour s'éviter quelques kilomètres à pied dans la vallée ventée.

140.jpg A l'entrée de Tukuche, en arrière-plan la Dhaulagiri (à g.) et le Tukuche Peak (à dr.)

En dehors de l'agriculture, de l'élevage et du commerce, les habitants de la Thak Kola exercent pour nombre d'entre eux des activités de construction et de travaux publics.
Bâtir de nouvelles habitations, restaurer des murs de soutènement écroulés à la dernière mousson, relever et remodeler chaque année les terrasses, discipliner l'eau par adduction, élever des plates-formes ou des murets à vocation religieuse, paver des pistes, entretenir et élargir des voies de communication... Telles sont quelques-unes des tâches vitales qui leur incombent pour vivre en quasi-autarcie au sein de leur environnement contraignant.
Et tout au long de ma pérégrination, ces scènes où oeuvrent de vaillants bâtisseurs se déroulent sous mes yeux.
Nul besoin d'aller très loin pour se procurer le matériau de base : la pierre est partout, à portée de la main. Elle est prélevée sur l'emplacement même, ou non loin, du chantier. La chaîne de fabrication occupe une flopée de personnes qui vaquent à leur tâches respectives en parfaite synchronicité. L'organisation du travail est bien huilée. Au début du processus, des carriers extraient des blocs de la falaise à l'aide d'outils primaires mais maniés avec efficacité : barres à mine, pics, masses... Des tailleurs de pierre leur succèdent pour débiter et façonner au ciseau moellons, dalles ou pavés. Tous les éclats arrachés à la pierre durant sa mise en oeuvre échoient en bout de chaîne aux ouvriers les moins costauds, généralement des femmes ou même des enfants, qui s'appliquent avec de simples marteaux à les réduire en graviers. Enfin, la dernière opération vise par tamisages successifs au travers de sortes de vans à obtenir des grains de différents calibres, dont le plus fin pourra servir à la fabrication d'un mortier.
Alors, celui qui n'en manque pas une miette c'est Luc, mon compagnon de marche sur ces deux étapes "de la pierre", qui exerce lui-même le métier de tailleur de pierre au Québec ! C'est en professionnel qu'il apprécie et me fait part de leur savoir-faire, de leur tour de main, de leur ingéniosité.


138.jpg Construction d'un mur et d'une voie pavée à l'entrée de Tukuche
Par yvan - Publié dans : Annapurnas
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