Randonnée hivernale

Publié le par yvan

086.jpgYaks domestiques à Yak Kharka

 

En conditions "normales", deux bonnes journées suffisent pour rejoindre Muktinath en partant de Manang. La première conduit les trekkers à Thorong Phedi, un duo de vastes lodges d'altitude situées à l'aval du col de Thorong (Thorong La, dans sa version tibétaine). En nepali, phedi signifie "pied", géographiquement ce toponyme désigne une localité, un groupe de maisons, sises au pied d'une colline, d'une cime ou d'un col. De tels endroits avec phedi comme suffixe, il s'en trouve bien sûr un peu partout dans ce pays de montagnes. Le nôtre n'est pas un habitat permanent et les deux lodges sont désertées hors saison.  Celles-ci s'apparentent de près à des refuges, que je ne jugerai pas plus rudimentaires que quelques-uns que j'ai connus dans les Alpes.

Manang est à 3350 m, Thorong Phedi à 4500 m, Thorong La à 5416 m, Muktinath à 3810 m.
Celà ne fait jamais que mille cent cinquante mètres de dénivelée le jour 1, et un peu plus de neuf cents le jour 2, à laquelle s'ajoute quand même une descente de mille six cents. De ces raids que peut affronter un randonneur moyen dans les montagnes européennes, notamment sur des circuits autour de massifs (Tour de l'Oisans, Tour du Queyras...). Or, tandis que là-bas il évolue entre 1500 m et 3000 m, il peinera ici à plus de deux mille mètres au-dessus. Cela change bien des choses ! Je ne reviens pas sur la question de l'acclimatation qui est le point crucial, l'autre paramètre étant le climat, froid certes, mais sec durant les meilleures époques de trekking.

Voilà pour les conditions normales. Or, en ce mi-mois de mars, il en va tout autrement !

Le jour est enfin arrivé du départ de Manang. Nous formons un groupe de neuf - les Québécois, Matt, Jussi et moi-même - pour tenter l'aventure de partir sous la neige en direction de Thorong Phedi.
Franchement, les amis, on en bave ! - pour rester poli. Les conditions sont rudes et rendent la marche exténuante - n'oublions pas que nous avons en outre sur le dos des sacs d'une douzaine de kilos  - :
une trace chaotique, une neige qui s'abat continuement et bientôt une bise du nord qui se met à nous cingler, aggravant la sensation de froid. Mes "cousins" parlent de blizzard... Heureusement, la trace est assez marquée pour qu'il ne la balaie pas. Il a dû tomber ici un bon demi-mètre de neige ces deux derniers jours.

089-Yak-Kharka-kitchen.jpgLa cuisine du lodge de Yak Kharka

Enfin, se présente l'opportune solution de repli, prise en compte dès avant de nous lancer : les lodges de Yak Kharka. Etape intermédiaire déja appréciée, en conditions normales, des trekkers épuisés ou mal acclimatés, elle représente pour nous la seule garantie de succès de notre expédition. Il n'y a pas d'alternative : continuer serait au-dessus de nos forces, sinon suicidaire, tandis que redescendre équivaudrait à une retraite éprouvante conduisant à l'abandon du projet. Bénie soit Yak Kharka !
Juste avant d'atteindre cet endroit bien nommé - le pâturage des yaks -, nous en croisons quelques spécimens domestiques qui paraissent aussi déconcertés que nous face à la rigueur des éléments. Rapidement, nous nous engouffrons transis à l'intérieur du Gangapurna Lodge. C'est le bonheur !
Par un habile marchandage, Annie parvient à nous faire héberger gratis dans des rooms sommaires, en échange d'une consommation gargantuesque de nourritures et de boissons. Nous sommes un groupe de neuf marcheurs affamés et déshydratés !
Le système de chauffage de la pièce commune est particulièrement ingénieux : sous la longue table recouverte de couvertures en laine de yak dont les pans s'abaissent à toucher le sol, est installé un petit brasero que régulièrement notre hôtesse ou quelqu'autre personne alimentent en petit bois - c'est d'ailleurs un miracle de trouver encore du bois à quatre mille mètres d'altitude ! - Chacun se case sur son bout de banc. Sous la table tout un fatras de chaussettes détrempées, de chaussures humides, de gants mouillés sont mis à sécher, au milieu de dix-huit pieds quasi gelés en quête d'un peu de chaleur. Cette maigre source doit faire monter la température ambiante à 5°, les bonnets restent donc vissés sur les têtes et les châles en laine de yak viennent remplacer les vestes et les anoraks glacés. La kitchen est caniculaire en comparaison, mais pas question ce soir de la squatter, nous sommes bien trop nombreux !
Prodige, le menu comprend autant de plats ou presque que celui d'un restaurant de Kathmandu ! J'opte pour des lasagnes au thon et aux légumes, délicieuses et nourrisantes. Mon sommeil est assez agité, avec insomnie sur le coup de deux heures, mais reposant malgré tout.

Au cours de la nuit, viendront les étoiles...

 

090.jpgEn quittant Yak Kharka au matin, en arrière-plan la Gangapurna (7454 m)

Publié dans Annapurnas

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